Qu'est ce qu'une épisiotomie
L'épisiotomie est une incision du périnée pratiquée chez la femme enceinte au moment de l'accouchement : la peau, le tissu conjonctif et le muscle sont sectionnés. Il s'agit d'un acte chirurgical dont les bénéfices sont de plus en plus démentis par la recherche scientifique.
On distingue épisiotomie médio-latéale (incision vers le bas et sur le côté droit : la plus largement pratiquée en Europe) et épisiotomie médiane (incision directement vers le rectum).
Pourquoi fait-on des épisiotomies et est-ce vraiment nécessaire ?
L'épisiotomie est supposée prévenir les déchirures graves du périnée qui peuvent survenir pendant l'accouchement.
La plupart du temps, les médecins vous disent qu'il vaut mieux pratiquer une épisio afin de préserver votre périnée. L'épisiotomie permettrait de prévenir :
le risque d'une déchirure. Couper pour éviter une déchirure, c'est assez paradoxal dans les 2 cas les muscles sont lésés et une suture est obligatoire. Une épisio équivaut à une déchirure du 2ème degré (sur 4 en tout).
une incontinence urinaire ou fécale, mais l'épisiotomie ne réduit pas le risque d'incontinence urinaire (environ 3% des femmes souffrent encore d'incontinence urinaire 1 an après l'accouchement) et augmente le risque d'incontinence anale (par rapport à une déchirure).
L'épisiotomie préserverait des prolapsus de l'utérus : mais l'épisiotomie étant pratiquée juste avant l'expulsion, les muscles ont déjà été étirés ... Si on voulait réellement préserver le plancher pelvien, il faudrait pratiquer l'épisiotomie avant l'engagement du bébé dans le vagin.
L'OMS (Organisation mondiale de la santé) parle de dérive quand le taux d'épisiotomies est supérieur à 20% , le taux d'épisiotomie en France s'élève à 60% environ et monte à plus de 70% pour les primipares (femmes accouchant pour la première fois). Dans certaines maternités ce taux atteint même 90% ! Il s'agit alors d'un acte routinier, pratiqué sans réflexion et sans considération pour la patiente. Pourtant ce n'est pas une fatalité. En Hollande, où les sages-femmes gèrent quasiment la totalité des accouchements, le taux d'épisiotomies est de 10 % seulement.
Par ailleurs, l'épisiotomie permettrait d'accélérer l'extraction du bébé, selon le principe : passage plus large donc plus facile.
Une chose est neanmoins sûre, l'épisiotomie permets d'utiliser des instruments (ventouses, forceps) pour faciliter l'expulsion en cas de détresse foetal ou en cas de présentation non classique du bébé (en siege, par la face...).
Les éventuelles complications de l'épisiotomie
Les douleurs
Heureusement, elle est de plus en plus prise en considération pendant les suites de couches. Certaines femmes en souffrent, d'autres pas vraiment. Cela dépends de plein de facteurs, le type d'épisio, de votre tolérance à la douleur, de la qualité de la cicatrice...
Ne vous étonnez si votre obstétricien vous recommande d'apporter une bouée dans votre valise de maternité : en cas d'épisiotomie, la station assise peut parfois être pénible les premiers jours.
Les infections
Pendant les suites de couches soit une sage-femme vous fera la toilette, soit on vous apprendra les gestes quotidiens à faire pour soigner votre épisio. Malheureusement dans certaines maternités, on vous laissera vous débrouiller seule.
Comme toutes cicatrices, votre hygiène doit être irréprochable, mais vu l'endroit ou elle se trouve, cela devient vite difficile. Un terrain chaud et humide, tout ce que les bactéries aiment !!
Après votre accouchement, laver vous après chaque passage aux toilettes. Sécher bien votre cicatrice avec une gaz stérile. Surtout oubliez le sèche-cheveux, il est prouvé que cela assèche les muqueuses inutilement.
Si les sages-femmes ne passent pas voir votre cicatrice chaque jour, appelez-les pour qu'elles le fasse. Plus vite une infection est traitée moins elle est grave. De retour chez vous, gardez une bonne hygiène au moins jusqu'à ce que les fils tombent.
Les risques d'hémorragies
L'accouchement par voie basse entraîne une déperdition sanguine évaluée à 400 ml. On parle d'hémorragie de la délivrance quand les déperditions sanguines sont supérieures à 500 ml. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les pertes sanguines en cas d'épisiotomie sont plus importantes que les pertes sanguines en cas de césarienne; elles sont encore accrues en cas d'extraction instrumentale. Plusieurs explications possibles :
- les forceps conduisent souvent à des déchirures vaginales (d'où un risque accru d'hémorragie)
- le temps écoulé entre l'accouchement et la suture (une épisio est plus difficile à suturer qu'une césarienne et on attend parfois la délivrance avant de le faire).
Les autres risques de l'épisiotomie
- Hématomes
- Réaction inflammatoire et aggravation des hémorroïdes
- Douleur lors de l'incision ou/et de la suture. Il est encore fréquent que des épisiotomies soient recousues sans anesthésie ou avec une péridurale qui n'agit plus.
- Blessure psychologique telle qu'un sentiment de mutilation
La reprise des rapports sexuels
80 % des femmes ayant subi une épisiotomie ont une reprise de rapports douloureux ; 41% admettent que ces rapports sont toujours pénibles 3 mois après l'accouchement et 22% 6 mois après l'accouchement. Six mois après l'accouchement, 1/4 des primipares déclarent avoir des sensations sexuelles appauvries.
Le plus grave étant surtout le risque de sectionner des nerfs reliés au clitoris : d'où une moindre sensibilité sexuelle.
Pour assouplir la peau, une fois que la cicatrice est bien cicatrisée et que les fils sont tombés, vous pouvez vous massez avec une crème spécialement prévue pour ça.
Demandez conseil à votre pharmacien.
A noter :
- des douleurs violentes à pleurer
- des douleurs qui excèdent quelques semaines
- des douleurs qui s’estompent puis reprennent de plus belle et vont croissant
- des douleurs qui augmentent ou durent
- la douleur devient aiguë, lancinante
- une odeur forte et inhabituelle qui se dégage de la plaie
- vous avez une montée de fièvre
- il y a des pertes inhabituelles, en couleur, en abondance, en consistance …
Ce n'est absolument pas normal.
Il faut impérativement consulter au plus vite, et insister si on vous réponds que c’est normal.
Peut-on la refuser ?
En toute logique
OUI.
L'episio, en tant qu'acte chirurgical, nécessite le consentement éclairé de la patiente (art. 1111-4 du code de la santé publique). Consentement qui s'obtient après l'obtention par la patiente d'informations avérées.
Hors dans la pratique, votre sage-femme ou votre gynécologue, d'une part, ne vous demandera surement rien avec de couper, d'autre part, ne vous donnera pas la liste détaillée des éventuelles complications d'une épisio.
Si vous ne souhaitez pas d'épisio, parlez en le plus tôt possible et plusieurs fois. A chaque visite, lors de votre arrivée pour l'accouchement, à chaque personne qui entre dans la salle. Dites à votre conjoint ou à la personne qui vous accompagne de surveiller pour vous que la personne qui vous aide à accoucher ne s'empare pas de ciseaux tant que le bébé n'est pas sorti. Dans ce cas là, rappelez de nouveau que vous ne voulez pas d'épisio.
Il y a de grande chance que l'on vous dise que de toute façon vous allez « déchirer ». Peut être, mais c'est un « peut être » alors qu'une fois que c'est coupé, c'est un « c'est sûre » !!!
Plus vous affirmerez votre volonté, plus on vous écoutera. C'est un combat de tous les instants, mais c'est votre corps, le personnel médical a parfois besoin qu'on le lui rappelle.
Les méthodes naturelles pour l'éviter ou pour après
L'homéopathie
Les remèdes homéopathiques les plus classiques avant l'accouchement sont trois fois par jour :
- Arnica montana 9ch - Actea racemosa 9ch - Colophilum 9ch
En cas d'épisio :
Arnica Montana 9CH (pour la douleur et le choc post-accouchement)
Staphysagria 9CH (pour la cicatrisation), toutes les deux heures au début, puis trois fois par jour par la suite.
Pour prévenir la formation d'un œdème, prendre Apis 9CH, trois granules deux fois par jour pendant 4 jours.
L'aromathérapie
Les mélanges suivants sont conseillés en application locale donc si vous n'avez pas pu eviter une épisio. Toutefois, attention de ne pas en abuser pour ne pas irriter ou dessécher la cicatrice.
. Une goutte d'huile essentielle de lavandin abrial et une goutte d'huile essentielle de ciste dans une huile végétale.
. Une goutte d'huile essentielle de rose musquée dans de l'huile végétale.
. Une goutte d'huile essentielle d'hélichryse dans de l'huile végétale. Si la jeune mère n'allaite pas, elle peut aussi être prise par voie interne – une goutte sur un morceau de sucre.
. Une goutte d'huile essentielle de bois de rose dans de l'huile végétale.
Il peut aussi être agréable de verser un peu de décoction d'hamamélis (en pharmacie) sur sa garniture afin d'éviter que le sang ne colle à la cicatrice de l’épisiotomie.
Quoi qu'il en soit, je vous conseille de consulter, au moins une sage-femme pour etre sure de ne pas faire de bêtise car l'aromathérapie n'est pas anodine.